Annie NOBLESSE-ROCHER et Christian KRIEGER (éd.), Justice et grâce dans les commentaires sur l'épître aux Romains. Actes de la Deuxième Journée d'exégèse médiévale et moderne, Strasbourg, Association des Publications de la Faculté de Théologie protestante, 2008, 163 pages (Travaux de la Faculté de Théologie protestante, 10). ISBN 978-2-9508175-8-7.


Cette publication, issue d'une Journée d'étude organisée le 22 mars 2006 par le Département de Théologie de l'Université Paul Verlaine de Metz et la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg (GRENEP), sous la direction d'Annie Noblesse-Rocher et de Marie-Anne Vannier, étudie, à travers ses commentaires, l'épître qui porta les aspirations et les revendications des évangéliques au XVI e siècle.

Paradoxalement, cette épître n'a guère suscité de colloques, même dans les années propices à l'étude de l'exégèse moderne, en 1976 et 1988, qui virent les grandes rencontres genevoises sur les questions d'exégèse. Pourtant la découverte de Martin Luther, le salut par la foi seule, au moyen du verset de Romains 1,16-17 (« Le juste vivra par la foi »), constitua une pierre d'achoppement, comme le rappelle Matthieu Arnold dans sa préface, entre partisans de l'Église traditionnelle et évangéliques, et le thème de la Justice de l'homme (et de ses œuvres) redéfinie dans des commentaires précoces (Luther, dès 1515-1516), prolixes (Mélanchthon et Bucer), ou controversés (Sadolet), se révéla au centre des préoccupations.

Dans une contribution innovante et érudite, Christian Grappe propose, en ouverture, une étude sur les commentaires de Philippe Mélanchthon, inspirée des travaux de R. Jewett, J.-N. Aletti et C. J. Classen sur la rhétorique de cette épître. Il était particulièrement important d'étudier le même thème chez les précurseurs de l'exégèse évangélique, et parfois ses inspirateurs : Ambroise, Augustin, et Thomas d'Aquin.

C'est ainsi que Gérard Nauroy, auteur récemment d'un ouvrage important sur l'exégèse ambrosienne, a étudié le thème dans le De Jacobo et Vita beata : la foi chrétienne proposée dans ce commentaire homilétique de l'épître paulinienne s'avère un passage obligé entre la sagesse juive et antique.

Le Commentaire inachevé d'Augustin sur les Romains et son Commentaire de quelques propositions de l'épître sont étudiés par Marie-Anne Vannier, qui, met en évidence ce paradoxe : le « docteur de la grâce » a peu commenté Romains 1,17, mais il accorde une place centrale à ce thème, bien avant les traités de la crise pélagienne, dans les Deux livres à Simplicien et Du don de persévérance.

Avec acuité, Gérard Rémy montre la complexité, mais aussi la cohérence, de l'articulation de justice et grâce dans l'œuvre de Thomas d'Aquin.

La contribution de Marc Lienhard sur le Commentaire sur les Romains et les Scolies sur l'épître montre avec clarté le tournant que la théologie luthérienne a opéré à propos de la notion de justice par sa distinction radicale entre justice coram Deo et coram hominibus. En fin luthérologue, Marc Lienhard met en évidence l'évolution aussi de la notion de grâce chez Luther, à partir de ces œuvres de « jeunesse », évitant ainsi le piège des surinterprétations dogmatiques de l'œuvre du Réformateur.

Le volume s'achève sur une contribution de l'auteur de ces lignes : il s'agit d'une étude comparée des développements de Jacques Sadolet et Jean Calvin sur Romains 1,16-17, dans leurs commentaires respectifs sur l'épître.

A. Noblesse-Rocher