Epuisement sentimental : comprendre et comment s’en libérer

L’épuisement sentimental, de quoi s’agit-il ? Ce syndrome du 21ème siècle, de plus en plus répandu parmi les célibataires, est directement lié à l’avènement des sites et applications de rencontres. Si, il y a encore 15 ans, reconnaître s’être formé un couple via internet relevait de l’inavouable, aujourd’hui c’est monnaie courante. Rien qu’en 2022, Tinder, l’une des applis de rencontre les plus populaires, fête ses 10 ans d’existence. Car derrière les jolies histoires à la « ils se sont rencontrés sur internet et ont fini par se marier », se cache une face plus sombre: la désillusion.

Jusqu’à présent, on associait plutôt le burn-out à la sphère professionnelle. Mais avec la pression permanente de répondre aux attentes et le sentiment d’impasse, l’épuisement sentimental est-il si différent ? J’ai interrogé Léa, psychologue spécialiste des relations amoureuses, ainsi que 5 personnes touchées par le phénomène, pour comprendre ce qu’est vraiment cet épuisement des sentiments et comment s’en libérer.

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C’est quoi l’épuisement sentimental?

« L’épuisement sentimental désigne un état de stress chronique et d’épuisement resulte d’une utilisation prolongée et infructueuse des applis et sites de rencontres », expose Léa. « Nombreux sont ceux qui décrivent des sentiments de désespoir, d’inadéquation et surtout d’épuisement émotionnel. »

Cette lassitude affective peut impacter la santé mentale car elle reproduit des symptômes proches d’une dépression: désintérêt pour les activités habituelles, cynisme, perte d’empathie. Apparaissent également fréquemment une perte de libido et un rejet global des relations amoureuses.

Les origines de l’épuisement sentimental

Si toute personne célibataire en quête d’âme soeur est susceptible de vivre un épuisement sentimental, les applications de rencontre semblent être les principales mises en cause, d’après une étude, 70% des sondés affirment avoir vécu ou vivre actuellement une fatigue affective ou un épuisement dû aux rencontres 2.0.

Ces applis offrent certes un vaste choix de partenaires potentiels. Mais est-ce réellement un avantage? Pas sûr, à en croire le témoignage de Léna, 37 ans:

« Mon épuisement vient de tous les nouveaux «stratagèmes» en vogue : ghosting, catfishing, etc. Les gens sont sur ces applis pour différentes raisons, loin de ce que prétend leur profil. Je suis lessivée d’écumer ces applis à la recherche de l’âme soeur. Je sais qu’elle est là quelque part mais tellement ardue à dénicher parmi tous les égocentriques qui ne savent pas ce qu’ils cherchent. »

Plus encore que les étranges tendances de rencontre moderne, ce qui accable Léna, c’est le manque d’engagement:

« Ce qui me perturbe le plus, c’est l’absence d’efforts et de constance de la part des hommes. On dirait qu’on vit une ère où tout le monde se veut remplaçable. Plus personne ne souhaite prendre le temps de vraiment connaître l’autre. J’ai le sentiment de stagner dans une impasse avec peu d’espoir d’en sortir avec un homme bien. »

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Il y a aussi la confusion entre applis de rencontres sérieuses et applis de plans culs, rapporte Emma, 28 ans:

« Je croise beaucoup trop de mecs en couple libre sur les sites de rencontre. Or, je ne veux pas juste être un plan cul d’un soir. Il me semble aussi que beaucoup d’hommes ne dévoilent pas d’emblée être en couple libre ou mariés. »

D’autres affichent des phrases bateau du genre « profitons de l’instant présent » qui trahissent leur réticence à s’investir, même s’ils sont célibataires:

« J’ai remarqué que la plupart des hommes mentionnent « vivons l’instant présent » ou « que du fun » sur leur profil, confie Emma. C’est comme s’ils affichaient d’avance « n’attends rien de sérieux ». J’ai alors l’impression qu’ils ne désirent pas de relation suivie. »

Résultat, elle ressort affectivement vidée de ses rendez-vous. « Je rentre avec le moral dans les chaussettes, me sentant plus seule qu’avant. Au bout de quelques semaines, le temps de 2-3 dates, j’arrête les frais pour quelques semaines afin d’éviter la désillusion. »

Même constat pour Julie, 34 ans:

« Les relations sans lendemain m’ont clairement conduite à la désillusion. Des mecs qui ne veulent pas s’engager mais profitent des avantages affectifs. Ça sape l’estime de soi. On est assez bien pour jouer le rôle de petite amie mais pas pour l’être réellement. »

Comment prévenir l’épuisement des sentiments?

Léa distingue 3 moyens principaux d’éviter l’épuisement sentimental:

  • Être proactif: allouer du temps à sa recherche de partenaire et à ses propres besoins.
  • Hiérarchiser: arrêter de perdre son temps avec des personnes pas sérieuses.
  • Innover: envisager d’autres façons de faire des rencontres que par internet.

Ces conseils sont surtout pertinents avant d’entrer dans une phase avancée d’épuisement. Mais une fois installé, comment s’en extirper?

Comment se remettre d’un épuisement sentimental

1. Prendre du recul

Pas besoin de renoncer aux rencontres, juste de prendre du recul comme avec un travail harassant. « Faites un break et recentrez-vous sur vous », suggère la psy.

2. S’accorder de l’auto-compassion

« En prenant soin de soi, on se met dans de meilleures dispositions pour briller en société et renforcer son amour-propre », analyse Léa.

Il est crucial d’adopter des habitudes saines pour prévenir l’épuisement à long terme et surmonter l’anxiété amoureuse.

« Si l’on ne répond pas à ses propres besoins, comment prendre soin des autres? Sommeil réparateur, activité physique, alimentation équilibrée… tout cela est bénéfique. »

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3. Demander de l’aide

Si beaucoup se remettent seuls d’un épuisement passager, consulter un thérapeute peut aider à repartir du bon pied.

« L’épuisement peut survenir quand on aborde les rencontres sans stratégie, note Léa. Travailler avec un coach permet d’identifier les difficultés spécifiques et d’établir un plan sur-mesure: conseils pratiques, soutien pour mettre en application les enseignements tirés… Cela offre un regard extérieur et une motivation pour rester confiant. »

Un accompagnement qui s’est révélé décisif pour Pierre, 29 ans:

« J’ai fait une thérapie et me suis recentré sur moi-même un moment. Je suis revenu sur les applis de façon plus posée: je ne like que les profils qui me plaisent vraiment, au-delà du physique. Je suis attentif à ce qu’elles écrivent et comment. Cette approche plus sélective m’a permis de vivre des rencontres de meilleure qualité. »

Témoignages

J’ai recueilli les témoignages de 5 célibataires ayant connu l’épuisement sentimental. Voici leurs histoires et leurs conseils pour s’en prémunir.

Jeanne, 25 ans

« J’ai commencé à fréquenter les sites de rencontre vers 23 ans. Au début, ça m’a plu: le sentiment de pouvoir choisir parmi un large éventail de célibataires avait quelque chose de grisant. Seulement, très vite la désillusion s’est installée. La plupart des mecs cherchaient surtout des plans culs ou des relations non exclusives. Moi je voulais construire quelque chose de sérieux. Après 6 mois à enchaîner les rendez-vous décevants, j’étais écoeurée des rencontres en ligne. J’ai supprimé mes comptes et fait une pause de toutes les applis pendant 1 an pour me recentrer sur moi. Aujourd’hui, j’y suis revenue mais de façon plus sporadique, en sélectionnant mieux les profils. Et si au bout de quelques semaines je sens la lassitude me gagner, j’arrête tout pour me ressourcer. Mon conseil: ne pas hésiter à faire des pauses, ça permet de relativiser et de revenir plus fort. »

Thomas, 31 ans

« J’ai multiplié les rendez-vous via les applis de rencontre pendant 2-3 ans sans que ça n’aboutisse à une relation sérieuse. Constant swiper à droite, envoyer des messages, se rendre à des rencards… Tout ça pour quelques plans culs au mieux, et beaucoup de ghosting. Vers 30 ans, écoeuré par ces applis, j’ai totalement arrêté pendant 1 an. Ça m’a fait le plus grand bien. J’en avais marre de me prendre des râteaux et de devoir sans cesse me « vendre ». J’ai profité de cette pause pour me recentrer sur ma vie perso et mes passions. Aujourd’hui, j’utilise à nouveau les applis mais de manière plus mesurée. Et dès que je sens venir l’épuisement, j’arrête tout. Mon conseil: savoir prendre du recul avant que ça ne vire à l’obsession malsaine. »

Clara, 33 ans

« J’ai vécu 2 ans très intenses sur les sites de rencontres, à la recherche du grand amour. Las, je n’ai connu que déceptions et ghosting à répétition. Tous ces râteaux ont fini par affecter mon estime personnelle. Épuisée moralement, j’ai supprimé mes comptes et arrêté les frais pendant 6 mois. Ça m’a fait énormément de bien de couper court à cette quête éreintante du prince charmant. J’en ai profité pour me recentrer sur ma famille, mes amies, mes loisirs. Quand je suis revenue sur les applis, c’était avec un œil neuf et dans un meilleur état d’esprit. Je sais maintenant m’accorder des pauses dès que je sens poindre la lassitude. Mon conseil: écouter ses limites et savoir lever le pied avant de craquer. »

Marc, 40 ans

« J’ai multiplié les rencontres via Meetic et Tinder pendant 5-6 ans, motivé à trouver l’âme sœur. Mais à part quelques aventures sans lendemain, je n’ai connu que désillusions. Tous ces échecs à répétition m’ont usé nerveusement. J’arrivais épuisé et blasé à mes rencards. Cette quête effrénée de la perle rare a fini par me rendre cynique. J’ai alors tout arrêté pendant une année sabbatique. Me couper du dating m’a fait un bien fou ! J’en avais ras le bol de tout ce temps perdu à swiper et à discuter avec des inconnus. J’en ai profité pour me concentrer sur mes passions. Aujourd’hui, j’utilise à nouveau les applis mais de façon plus posée, sans m’investir à 100%. Je fais des pauses dès que je sens la lassitude m’envahir. Mon conseil: ne pas hésiter à lever le pied, c’est salutaire. »

Léa, 42 ans

« Des années de rencontre intensif sur les applis m’ont conduite à un épuisement profond. J’enchaînais les rendez-vous mais rien de sérieux n’en ressortait, juste beaucoup de frustration. Tous ces échecs m’ont miné le moral et l’estime de moi. J’avais l’impression de faire du surplace. Alors j’ai décidé de couper court à ce cercle vicieux. J’ai supprimé mes comptes et arrêté toutes les applis pendant 1 an. Ça m’a fait un bien fou ! J’en avais marre de passer mes soirées à swiper à droite/gauche. J’ai profité de cette pause salutaire pour me recentrer sur ma vie personnelle, mon bien-être. Aujourd’hui, je fréquente à nouveau les applis mais de façon plus sporadique, en prenant soin de moi. Mon conseil: écoutez vos limites et accordez-vous des breaks quand vous êtes épuisée moralement. »

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